Le rabbin Shmuel Rabinowitz – Rabbin du Mur occidental et des Lieux saints
À la fin du traité Ta’anit, la Michna rapporte une affirmation surprenante de nos Sages : « Il n’y avait pas de jours aussi heureux pour Israël que le quinze Av et Yom Kippour. » Ces jours-là, les jeunes filles de Jérusalem sortaient vêtues de blanc… Et que disaient-elles ?
« Jeune homme, lève les yeux et regarde ce que tu choisis pour toi. Ne porte pas tes regards sur la beauté ; porte-les sur la famille… »
À première vue, cette comparaison semble étonnante. Yom Kippour est un jour de gravité, de jeûne, de pardon et de proximité sublime avec Dieu. Quel rapport peut-il avoir avec Tou BeAv, qui apparaît au premier abord comme une fête consacrée aux rencontres et à l’amour ? Qu’est-ce qui place ces deux jours au même rang de sainteté et de joie ?
La réponse tient en une seule notion, qui donne à ces deux jours toute leur puissance : la seconde chance.
Yom Kippour est le jour de la seconde chance dans notre relation avec le Créateur du monde. C’est le jour où furent données les secondes Tables de la Loi, le jour où la faute du veau d’or fut pardonnée. Il fut ainsi démontré que, même après une chute profonde, le chemin du retour demeure toujours ouvert et que le lien n’est jamais définitivement perdu. Chaque année, c’est un jour de pardon et d’expiation, comme il est écrit : « Car en ce jour, Il fera expiation pour vous afin de vous purifier de tous vos péchés. » Il n’existe pas de plus grande seconde chance.
Tou BeAv est lui aussi un jour de seconde chance. C’est le jour de la seconde chance dans nos relations les uns avec les autres. Il trouve son origine dans un épisode douloureux de notre histoire : le livre des Juges raconte qu’à la suite de l’affaire de la concubine de Guivéa, une terrible guerre civile éclata, au cours de laquelle la tribu de Benjamin faillit être entièrement anéantie. Le serment de ne pas donner leurs filles en mariage aux hommes de cette tribu créa une rupture qui semblait définitive et irréversible.
Et pourtant, précisément à cet instant, depuis les profondeurs du désespoir, le peuple et ses dirigeants choisirent de ne pas renoncer. À Tou BeAv, ils permirent aux membres de la tribu de Benjamin de revenir et de réintégrer pleinement le peuple d’Israël. Ce fut une déclaration forte : il n’existe aucune rupture qui ne puisse être réparée, et aucune personne à qui l’on ne puisse offrir une nouvelle chance.
C’est sur ce fondement que Tou BeAv devint un jour associé aux rencontres, aux mariages et à la construction de foyers. Mais son message ne s’adresse pas uniquement aux jeunes gens qui commencent leur parcours. Il s’adresse avec une force particulière à ceux qui cherchent encore, à ceux qui ont traversé des rencontres longues et éprouvantes, qui ont connu des déceptions ou qui, arrivés à un âge plus avancé, craignent secrètement que leur temps soit passé, que le train soit parti et que l’occasion leur ait échappé.
Tou BeAv vient faire entendre un tout autre message : il n’est jamais trop tard, et vous n’avez rien manqué.
À Yom Kippour comme à Tou BeAv, notre Père céleste nous transmet le même message : il existe toujours une nouvelle chance. Le Saint béni soit-Il ne renonce jamais à nous, et Il nous demande de ne pas renoncer non plus – ni à notre relation avec Lui, ni à notre capacité de construire un foyer.
Ce sont les meilleurs jours de l’année, car tous deux portent en eux la promesse du renouveau : la possibilité de réparer, de recommencer et de savoir que votre chance vous attend encore.
